Email: office@yourdomain.com
Phone:: +44 20 7240 9319
back to top

L’au-delà du paysage

———————————————

La peinture cache tout autant qu’elle semble montrer, tout comme le paysage qu’elle donne à voir semble être pris dans une structure d’horizon pris en abîme :

“le paysage que j’ai sous les yeux peut bien m’annoncer la figure de celui qui est derrière la colline, il ne le ferait que dans un certain degrés d’indétermination : ici sont les prés, là bas, il y aura peut-être des bois, et, en tous cas, au-delà de l’horizon prochain, je sais seulement qu’il y aura de la terre ou de la mer, au-delà encore de la mer libre ou de la mer gelée, au-delà encore ou le milieu terrestre ou l’air”

(Maurice Merleau Ponty, Phénoménologie de la perception, Gallimard-Paris, 1976, p.382)

La perception fait défiler les paysages à l’horizontale, les éléments disparaissent les uns derrière les autres dans les lointains, ainsi qu’à la verticale, du plus prés du sol au plus haut du ciel. Comme face à la tâche d’encre, forme ouverte, inachevée, la vision du paysage demande à être secourue, complétée, étendue dans un au-delà de ce qui est vu. Recours à l’imagination de ce que je crois connaitre. Ainsi quelque chose se poursuit ou quelque chose advient. Le paysage ne s’arrête pas net à la ligne de crête des collines, tout comme la prairie doit s’étendre plus loin que je ne peux la voir; la masse liquide de la mer ne peut s’arrêter abruptement, il lui faut s’étendre encore et encore dans un au-delà que je ne peux percevoir.

Le paysage offre, tout comme la tâche d’encre, cette possibilité de passage, point d’accès à un au-delà, passage de la perception du donné (ce que je vois en face de moi, la prairie, la montagne) à une idée, construite sur une expérience commune dans le cas du paysage.

Ainsi face à la montagne, j’imagine ou conçois une continuité entre le versant perçu et un autre qui doit se trouver au contact du premier. Visible et invisible, perçu et imaginé, vu et construit, dialectique de la vision paysagère, expérience d’horizon s’inscrivant dans le visible tout en dérobant quelque chose à la vue. Le paysage rend manifeste tout autant qu’il cache. Horizon pris entre deux faces dont l’une fonctionne comme le revers de l’autre.


2016