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Re-présentation


” Fluidité, absorption, coulure, débordement… Le tableau advient de par l’utilisation des spécificités du médium choisi, de manière naturelle, pesanteur, inclinaison du support, saturation, la peinture occupe son propre lieu. Elle ne représente pas, elle se présente elle même, en son propre lieu de production, autonome. Elle n’exprime rien d’autre qu’elle même.

Désencombrement. Prendre une couleur et la rendre visible sur le papier, sans outil, geste épuré, c’est la peinture en travail qui se donne au regard, sans théâtralisation, sans ailleurs insondable, tout se donne au regard comme réel, donnée de la perception, lieu de la peinture clos sur sa platitude physique, ses limites sont définies.

Mais comment ne pas voir la roche à l’endroit où la peinture s’épaissit en relief, ou le fleuve quand le papier saturé rejette la couleur en vaste coulure ?


” C’est ça que doit nous donner d’abord le tableau, une chaleur harmonieuse, un abîme où l’oeil s’enfonce, une sourde germination.”
Cézanne, Conversations avec Cézanne, éditions Doran? Paris macula, 1978, p.132)


Le lieu de la peinture semble pourtant se creuser en une profondeur, profondeur sans fond; s’ouvre alors une perspective, emprise de l’invisible sur le visible… Le lieu de la peinture s’ouvre en un autre lieu: celui du paradoxe de la perspective, de la “profondeur plate” (expression empruntée au titre de l’ouvrage de J.Clay, Pollock, Mondrian, Seurat : la profondeur plate, Ed Macula 1978).

La matière de la peinture fait entrer le regard dans son épaisseur tout en le faisant sortir du tableau ou plus exactement tout en faisant sortir le tableau de son statut physique, clos sur sa platitude. Le regard se refuse à céder à la perception du tableau dans sa seule matérialité, comme simple objet spatial parmi d’autres, pour y voir par transpercent invisible, un paysage, comme un mirage dans le lieu de la peinture. le tableau semble indiquer le visible tout en s’en écartant, percée du regard dans les formes instables et brumeuses de l’encre, le lieu devient milieu, passage, traversable, l’horizon se dessine, le regard maintenant en perspective traverse le vide sans fin du paysage, se perd dans un au-delà, passage du lieu de la peinture en paysage en mirage.

Le visible réel, celui du papier et de l’encre, mondanise une multitude de visibles irréels. Le tableau malgré le processus matérialiste qui l’a fait advenir, semble se dérober quasi-inévitablement à sa saisie autonome (saisie dans sa matérialité seule) en “produisant du paysage” et dés lors est mise en perturbation la place de la représentation dans les peintures présentées. ”